Aller au contenu principal

Fil d'Ariane

En 2022, la vigne a su s’adapter au changement climatique

Communiqué

L’année viti-vinicole 2022 a connu d’excellentes conditions météorologiques. De grandes chaleurs caniculaires, combinées à une pluviométrie insignifiante. Pas de gel au sortir de l’hiver, ni d’épisodes de grêle liés aux orages de l’été. Les vignerons des six régions viti-vinicoles vaudoises ont vendangé cette année une récolte particulièrement saine, avec 2 à 4 semaines d’avance. La vigne s’est remarquablement bien adaptée à la canicule et à la sécheresse.

Il a fait chaud et sec tout l’été, et la vigne a aussi besoin d’eau. La sécheresse qu’elle a traversée lui a rendu la vie difficile, spécialement pour les jeunes plantes. Elle a affecté le développement des raisins, sans mettre le millésime en péril. Au contraire, dans toutes les régions vitivinicoles du canton, La Côte, Lavaux, Chablais, Côtes de l’Orbe, Bonvillars et Vully, les vignerons comme les experts s’accordent à reconnaître des baies légèrement plus petites, toutefois pas autant qu’en 2015. En revanche, la combinaison du chaud et du sec a entraîné une concentration des arômes, pour le plus grand bonheur des encaveurs. Le millésime 2022 s’annonce riche en saveurs.

Globalement, les quantités seront nettement plus importantes qu’en 2021, classée comme petite année, mais resteront en-dessous des quotas cantonaux. La Communauté Interprofessionnelle du Vin Vaudois (CIVV) prévoit que la production 2022 devrait atteindre 28,2 millions de litres, 69,1 % en vin blanc, 30,9 % en vin rouge et 5 % en spécialités blanches – soit une augmentation de 8,393 millions de litres, 42,3 % par rapport à 2021.

Olivier Mark, président de la Communauté Interprofessionnelle du Vin Vaudois (CIVV), est allé rencontrer les vignerons en pleine vendange. « Je me réjouis de déguster ce 2022, car la qualité est là, même si la vigne a un peu souffert dans sa croissance. En revanche, je suis plus inquiet quant au marché. En raison de la force du franc suisse, le prix des vins étrangers a baissé de 5 à 6 %, pénalisant la vente de nos vins. Par chance, les caves sont vides, presque tout le 2021 a été vendu. Et comme la pandémie est derrière nous, les gens sortent à nouveau et consomment. S’ajoute le plan de relance ambitieux décidé par le Canton qui apportera un réel soutien à la culture et à l’encavage ».

Réjouissance partagée par François Montet, président de la Fédération Vaudoise des Vignerons (FVV) : « La météo nous a bien aidés, même si le manque de pluie, 50% de ce qu’il tombe habituellement, a malmené les plantes. On a vécu une année précoce dès le début, à la suite d’un hiver doux et sec, historiquement la deuxième après 2003. La vigne a fleuri début juin, ce qui a amené le début des vendanges à mi-septembre, 100 jours après. La qualité est présente dans tous les cépages, avec de belles concentrations d’arômes ; des baies légèrement plus petites, mais plus concentrées. Pas de maladies, pas de grêle ou alors quelques orages anecdotiques, pas de suzukii ni d’étourneaux. 2022 est une très belle année pour la viticulture ».

Selon les régions, les vendanges n’ont pas suivi le même déroulement. En Lavaux, les premiers pinots noirs sont passés sous le couperet des sécateurs le 1er septembre déjà. Et il ne fallait pas traîner, avec des sondages déjà élevés, de 96 à 100° Oechsle, pour éviter de produire des vins trop charpentés, trop forts en alcool. Mêmes sondages à La Côte, jusqu’à 105°, alors que les chasselas sont restés plus sages, de 70 à 80° en moyenne. Au Chablais, même son de cloches : les rouges ont été ramassés à 95° Oechsle – soit un taux d’alcool moyen de 13° – et les blancs à 78°.

Au nord du canton, le bilan est tout aussi positif, mais plus contrasté. Dans le Vully, on dit de 2022 que c’est une année qui redonne le sourire, une année agréable à travailler, après trois ans difficiles. Dans les Côtes de l’Orbe, les vignerons ont attendu avant de commencer leurs vendanges. Leur conclusion est prévue pour début octobre.

Le vignoble de Corcelles – Concise reste un cas particulier, et même un cas d’école. En 2021, ce vignoble a été sérieusement grêlé, massacré, les vignes et leurs fruits ont été passés au hachoir des glaçons. Au point que certains exploitants ont perdu jusqu’à 100% de la récolte. Par sa violence, la grêle ne touche pas seulement les grappes et les feuilles de l’année. Elle affecte aussi les bourgeons de l’année suivante, et tout le fonctionnement de la plante qui doit se remettre de tels coups de massue. C’est ainsi que le vignoble de Corcelles - Concise affiche certes de bons sondages, mais une productivité sérieusement réduite. De l’ordre de 200 gr/m2 pour le chasselas, de 250 à 300 gr/m2 pour le pinot noir.

Au cours des vendanges 2022, deux « journées de flotte » sont venues perturber la récolte. En même temps, elles ont permis aux baies de se ragaillardir et de reprendre du volume, assouplissant ainsi leur peau et facilitant la pressée. Les vignerons n’aiment pas « rentrer de l’eau ». Mais là, c’est une eau bénite qui est venue à leur rencontre.

Le vignoble vaudois a connu 12 traitements en 2021, voire davantage là où la pression de mildiou était intense. Les interventions n’ont pas dépassé les 6 à 7 en 2022. De plus en plus orientés vers la culture biologique et biodynamique, les vignerons se réjouissent d’apporter leur obole à la préservation du climat et de l’environnement. Pour la jeune génération, il devient toujours plus important de connaître son sol et de mieux comprendre le vivant – les plantes, les vignes, leur fonctionnement, le choix des porte-greffes.

En regard du changement climatique, cisailler le vert ne semble plus une obligation. Au contraire, les feuilles viennent jouer leur rôle ombrageur et protecteur. Les enlever stresse la plante, comme le relève un vigneron du Chablais.